Frais d’inscription des étudiants extracommunautaires

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Intervention de Taklit Sami au congrès national d’orientation du SNESUP-FSU, Angers, 3-5 juin 2025

En cette période d’austérité pour les universités, et de manque de moyens octroyés pour fonctionner correctement, un certain nombre d’universités vont utiliser (et de fait utilisent) les étudiants étrangers non communautaires comme boucs émissaires de la crise budgétaire des universités.

Les procédures dérogatoires ont permis à un certain nombre d’universités de ne pas mettre en œuvre ces augmentations scandaleuses mais on constate que leur nombre diminue au fil des années. Ainsi, selon le MESR lui-même, le nombre d’étudiants étrangers extracommunautaires soumis au tarif plein des frais différenciés a augmenté de près de 36% entre 2021 et 2022.

À la rentrée 2023, 9 % des étudiants extra-communautaires étaient concernés (presque 10000 étudiants) contre 8 % en 2022, 6,1 % en 2021 et 2,3 % en 2019.

De fait, se met en place un système d’exclusion des classes les plus défavorisées des pays non européens, au profit des seules classes supérieures, c’est-à-dire des étudiant·es étranger·ères les plus aisé·es, et issu·es des pays les moins pauvres.

En exigeant des étudiant·es extracommunautaires près de 4 000 €  pour s’inscrire en master, le dispositif « Bienvenue en France » (au passage admirons l’ironie de la formule), créé en 2018 par le gouvernement d’Édouard Philippe, est devenu un instrument de discrimination financière des étranger·ères non communautaires.

Le si mal nommé « Bienvenue en France » est bien un outil de ségrégation financière, sociale et raciale. Pour les étudiant·es non communautaires, le système capitaliste a transformé les études supérieures en un produit de luxe. Le comble de l’ironie est que nos universités n’ont jamais été aussi pauvres. 

NB Cette intervention a été largement inspirée par le texte des camarades de la section SNESUP de Strasbourg, « Les étudiants étrangers, boucs émissaires de la crise budgétaire des universités », publié dans Le Snesup, no 730 (février 2025), p. 5 | https://www.snesup.fr/publications/revues/le-snesup/mensuel-ndeg-730-fevrier-2025

Évaluation / HCERES

Mis en avant

Intervention de Luc Pellissier au congrès national d’orientation du SNESUP-FSU, Angers, 3-5 juin 2025

On a vécu un moment important cette année : l’évaluation des formations par l’HCERES, le Haut Conseil à l’évaluation de la recherche et l’enseignement supérieur, a été un fiasco. Des dizaines de formations avec des avis négatifs, pour des raisons liées soit à la politique de l’établissement, soit à une conception très élitiste de ce qu’est l’université (avec des Erasmus,…). Suite à notre mobilisation, la sentence a été moins violente mais le problème reste entier. L’évaluation, aujourd’hui, est un fourre-tout. Contrôle-qualité des processus. Évaluation de la politique d’établissements autonomes. Évaluation d’articles scientifiques. Évaluation de fonctionnaires. Critères de performances de formation.

Tout se mélange, avec des outils bureaucratiques — des tableaux avec des suivis d’indicateurs — pour le faire.  Une fois qu’on accepte ça, rien ne distingue un établissement public d’un opérateur privé ayant reçu une délégation de service public, avec un régulateur qui suit ces indicateurs. D’ailleurs, le  fonctionnement de Galileo est bien celui-là : des indicateurs qu’on optimise. Le modèle des universités et du HCERES, le modèle néolibéral, avec des opérateurs autonomes qui sont en compétition tout le regard d’un régulateur, est d’ailleurs le même que celui du ferroviaire, de l’électricité,…

A fortiori avec le nouveau modèle d’allocation des moyens, le COMP100%, qui vise à supprimer complètement toute pérennité des financements publics.

«La société peut demander à tout agent public des comptes de son administration» — cette idée de redevabilité des fonctionnaires est beaucoup utilisée pour justifier l’évaluation. C’est vrai jusqu’à un certain point. Cette redevabilité vient surtout par la politique — la politique des universités est faite par des élu·es. La politique des universités n’a pas à être évaluée (dans mon université, l’HCERES a demandé à rencontrer une délégation du CSA, pour connaître la qualité du dialogue social !), elle a à être délibérée. À chaque fois qu’on laisse une place à l’évaluation des structures, on tue encore un peu la démocratie universitaire.

La grande spécificité des universités, c’est la collégialité : toutes les décisions sont idéalement prises collectivement, par des pairs. Ça doit valoir pour les décisions de carrière; ça doit valoir pour l’allocation des moyens. Si on se tient à ce principe, on n’a pas besoin de cette évaluation. On était contre en 2006, au moment de la création de l’AERES, on était contre en 2013, au moment de la création de l’HCERES. 

Sur le secteur privé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

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Intervention de Laurence Maurel au congrès national d’orientation du SNESUP-FSU, Angers, 3-5 juin 2025

En 2018, la loi « Orientation et réussite des étudiants » (ORE) a instauré Parcoursup ; la même année une ordonnance (12 décembre 2018) crée seize établissements publics expérimentaux (EPE). Depuis 2019, le secteur privé (des groupes privés lucratifs comme Galileo) profite des mesures gouvernementales pour développer l’apprentissage. N’oublions pas également que la Banque publique d’investissement (BPI France) est dans le capital de grands groupes privés comme Galileo Global Education car la rentabilité y est excellente !

A partir de 2021 (arrêté Vidal), sont intégrées sur la plateforme Parcoursup des formations dispensées par des établissements ni sous contrat avec l’état, ni d’intérêt général, une belle publicité pour ces formations privées et la première étape d’une mise en concurrence directe avec les formations publiques. Et tout cela sur quel gage de qualité ? Une inscription au Registre national des certifications professionnelles (RNCP), une certification délivrée en fonction du taux d’employabilité déclaré par les diplômé.es. Mieux encore les écoles qui ont un titre RNCP peuvent le louer à d’autres écoles ! Un business très lucratif au demeurant. L’enseignement supérieur privé est une boîte noire et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR) ne semble pas avoir envie de mieux comprendre ou savoir ce qui s’y passe…

Les EPE participent également au développement du privé en intégrant de plus en plus souvent des écoles privées, et en développant une forme de porosité entre public/privé, tout cela permis par l’autonomie. Même si les pratiques commerciales frauduleuses de tout ordre du privé n’ont cessé d’être dénoncées… et ce encore très récemment, désormais un·e étudiant.e sur quatre est inscrit dans le privé (25%) et plus de la moitié dans le privé non lucratif (16%).

Le désengagement massif de l’état dans l’ESR ces dernières années, alors que la croissance démographique étudiante continue ; et la politique de financement des établissements privés (via des fonds publics de soutien à l’apprentissage) empêchent le secteur public étranglé financièrement d’accueillir ces nouveaux et nouvelles étudiantes et déroule le tapis rouge aux entreprises lucratives. L’accélération folle de l’offensive néolibérale a fait de l’enseignement supérieur une marchandise à vendre et a aggravé les inégalités sociales.  

Les conditions d’enseignement, de recherche et d’étude ne cessent de se dégrader dans l’ESR public. Continuons d’exiger que l’argent public aille à l’ESR public, que les plateformes Parcoursup comme Mon Master n’intègrent plus les établissements d’enseignement supérieur privé ; continuons d’exiger un ESR de haut niveau, démocratique et émancipateur et pourquoi pas, rêvons un peu, la nationalisation sans indemnité ni rachat !

Situation en Palestine

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Intervention de Marion Charpenel au congrès national d’orientation du SNESUP-FSU, Angers, 3-5 juin 2025

Depuis des mois, nous assistons à un massacre à Gaza, le quinzième conflit lancé par Israël contre cette enclave palestinienne, « mais de très loin le plus dévastateur, le plus meurtrier »[1]. Il ne s’agit pas seulement d’une guerre. Il s’agit d’un projet d’anéantissement. L’usage du mot « génocide » a longtemps été débattu, y compris dans nos espaces militants. Mais les faits parlent désormais d’eux-mêmes. Les dernières déclarations du ministre israélien de la Défense, les logiques d’écrasement total à Gaza et dans l’ensemble de la Palestine historique, ne laissent guère de place au doute.

Comme le dit l’historien Jean-Pierre Filiu : « La guerre inhumanitaire de Gaza est devenue une fin en soi pour Benyamin Nétanyahou, qui y voit le moyen le plus sûr de s’accrocher au pouvoir. Dans ce contexte, les forces suprémacistes au pouvoir en Israël ont toute latitude pour imposer leur projet colonial : une Palestine vidée de ses habitant·es, remplacés par des colons messianiques et revanchards. »

En France, cette guerre coloniale ne cesse de faire des vagues jusque dans nos établissements. Nous avons tou·tes en tête cette professeure du secondaire suspendue pour avoir observé une minute de silence en hommage aux victimes de Gaza[2]. Ce n’est pas un fait divers isolé. C’est le symptôme d’un climat de répression et de censure qui s’installe partout, y compris dans nos universités.

Depuis le 7 octobre 2023, organiser un événement sur la Palestine relève du parcours du combattant : annulations, pressions, interdictions, refus de mise au vote de motions de soutien, poursuites contre des étudiant·es engagé·es. On ne peut plus parler, on ne peut plus nommer la colonisation, ni le nettoyage ethnique en cours, sans s’exposer à des représailles.

Et pourtant, les Palestinien·nes nous demandent aujourd’hui plus que jamais de rompre les complicités. De dénoncer les partenariats avec les institutions israéliennes. Car oui, toutes les universités israéliennes sont complices du projet colonial, comme le démontre Maya Wind dans son livre Towers of Ivory and Steel. Les universités israéliennes sont au cœur du complexe universitaire-militaire-industriel : elles développent les armes, les doctrines, les justifications idéologiques et les moyens logistiques de l’apartheid et de l’expansion coloniale. Elles en sont les laboratoires.

Mais ne nous contentons pas de regarder de loin. En France, nos universités ne sont pas vierges de toute responsabilité. Plusieurs entretiennent des liens directs avec ces institutions israéliennes. Et dans un silence assourdissant, certaines collaborent avec des entreprises d’armement françaises qui, elles aussi, travaillent avec l’armée israélienne.

Notre devoir est clair : nous devons demander la rupture de tous les accords de coopération avec les universités israéliennes, comme l’ont fait des syndicats ailleurs dans le monde. Nous devons exiger un audit transparent des partenariats de nos universités avec les entreprises de l’armement, et leur rupture immédiate.

Ce combat dépasse la Palestine. Il s’agit de savoir quel monde nous voulons bâtir, et dans quel système universitaire nous voulons travailler. Un système au service de l’émancipation ? Ou un système qui collabore avec les entreprises de mort ? Le syndicalisme universitaire ne peut rester neutre quand des peuples sont écrasés, quand la liberté académique devient un luxe pour les opprimé·es, quand nos universités deviennent des rouages de l’apartheid. Notre engagement internationaliste nous oblige.


[1] https://www.lemonde.fr/un-si-proche-orient/article/2025/06/01/l-ombre-de-la-colonisation-israelienne-sur-la-bande-de-gaza_6609805_6116995.html

[2] https://www.la-croix.com/societe/education-une-professeure-sanctionnee-pour-une-minute-de-silence-en-hommage-aux-gazaouis-20250605

Démocratisation de l’enseignement supérieur

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Intervention de Nathalie Lebrun au congrès national d’orientation du SNESUP-FSU, Angers, 3-5 juin 2025

Jamais le nombre de diplômés de l’Enseignement supérieur (ES) n’a été aussi élevé et pourtant, les inégalités face aux savoirs restent extrêmement fortes dans le supérieur. Celles-ci ne peuvent pas être résorbées si l’on s’acharne à poursuivre une hypothétique égalité des chances ou une équité. Ces concepts entérinent les hiérarchies sociales et un système économique et social profondément inégalitaire. De ce point de vue, les inégalités sociales deviennent acceptables si in fine le sort des plus défavorisés est amélioré. Or aujourd’hui, on assiste à un déplacement des inégalités sociales à des niveaux d’études plus élevés de par la filiarisation de l’enseignement supérieur. C’est ainsi que l’ouverture sociale à des filières sélectives n’est aucunement gage d’une démocratisation qualitative, cette dernière étant synonyme de décorrélation entre le cursus et l’origine sociale. Le vivier s’élargit sans pour autant transformer en profondeur les mécanismes traditionnels d’un système élitiste qui place les élites en positon de supériorité et de pouvoir. Est-on d’accord pour défendre cette méritocratie ? Au contraire, démocratiser l’ES c’est plutôt réduire l’écart entre les classes sociales et faire acquérir les savoirs visés à un maximum d’étudiants et d’étudiantes, y compris celles et ceux qui, à l’entrée dans le supérieur, présentent des faiblesses. Pour cela, il s’agit de donner une place importante aux enseignements généraux, disciplinaires, avec un tronc commun long pour favoriser les effets de « retombées » des meilleurs étudiants et étudiantes sur l’ensemble de la population étudiante et, finalement, permettre un accroissement général du niveau de celle-ci en donnant les outils pour conquérir une autonomie intellectuelle. Par conséquent nous devons refuser les cursus différenciés, ramifiés et hiérarchisés. C’est cette solution qui permettra de rééquilibrer entre autres les financements de l’État, voir donner un bonus aux établissements qui assurent l’accès massifié aux classes populaires. La démocratisation passe également par des études gratuites pour tous les étudiants et toutes les étudiantes y compris extra communautaires. 

Enjeux internationaux à l’heure du congrès

Mis en avant

Intervention de Maxime Amblard au congrès national d’orientation du SNESUP-FSU, Angers, 3-5 juin 2025

La situation internationale met en avant la complexité de la situation pour l’enseignement supérieur et la recherche. La possibilité de réaliser des recherches et de les transmettre est politiquement identifiée comme une menace par certains partis politiques qui prennent le pouvoir partout sur la planète. Les exemples violents issus des Etats-Unis ont sidéré la communauté scientifique et ont pu la mobiliser largement y compris en France. Le mouvement Stand Up For Science a permis de mettre en avant la volonté de défendre nos missions contre ces attaques massives et majeures. La science comme le produit du travail collectif financé, et non le fait de comète singulière est un enjeu majeur.

Il ne faudrait pas que les attaques trumpistes invisibilisent la situation en Amérique du Sud, ou en Turquie, en Iran, en Europe de l’Est où les régimes autoritaires font reculer les droits. La situation internationale, c’est aussi des terrains de guerre qui ne permettent plus de se poser la question de l’organisation et des moyens pour porter l’enseignement supérieur et la recherche, les infrastructures minimalement nécessaires pour les faire vivre au quotidien étant détruite. Ces terrains de guerre légitiment l’augmentation de la militarisation des rapports dans le monde et l’augmentation de l’effort financier sur les questions et enjeux militaires.

La situation est terrible en Ukraine où la guerre n’a de cesse de s’étendre sous les injonctions contradictoire du Président Trump. Nous devons apporter notre soutien plein et entier au peuple ukrainien.  La situation en Palestine est l’illustration de la dérive des politiques, en pleine violation du droit international, et ainsi que celle de notre inaction et de notre impuissance.

La guerre est aussi le fruit des inégalités, celles induites par les rapports de domination, hérités d’une vision du monde coloniale, ainsi que des conséquences des rapports économiques mondiaux. Leurs conséquences apparaissent également sur l’état de la planète où la crise climatique et environnementale nous touche toujours plus directement, et où notre inaction est de plus en plus coupable, alimentant le chaos.

Le constat est violent et sa dégradation toujours plus rapide. L’état du monde nous interroge sur la vision que nous souhaitons défendre, et celle des lieux de notre engagement pour porter partout les valeurs qui nous rassemblent.

Extrême-droite et syndicalisme

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Intervention de Pierre-Emmanuel Berche au congrès national d’orientation du SNESUP-FSU, Angers, 3-5 juin 2025

Chères et chers camarades,

une fois encore, cette année aura été marquée par des événements particulièrement graves pour le syndicalisme de transformation sociale dont nous sommes porteurs et, de façon plus générale, pour les idées progressistes que nous défendons. Il y a bien-sûr la situation internationale avec le génocide en cours à Gaza, l’épuration ethnique qui se déroule sous nos yeux, sans que rien ou presque ne soit réellement entrepris pour y mettre un terme tant la complicité de l’administration de Trump avec l’extrême-droite au pouvoir en Israël repoussent les limites de l’acceptable par les diplomaties au niveau mondial.

Il y a également les crimes contre l’environnement, de plus en plus largement légitimés, là aussi par des pouvoirs obscurantistes et d’extrême-droite mais également par des démocraties occidentales déboussolées comme la France, qui ne se préoccupent que d’objectifs politiques à très court terme et de satisfaire des lobbys productivistes.
L’extrême-droite est un poison, pour ce qu’elle est fondamentalement, pour le rejet, les discours et les pratiques racistes qu’elle promeut, pour le modèle social fondamentalement liberticide et autoritaire qu’elle souhaite mettre en œuvre si elle arrive au pouvoir, mais aussi pour son influence délétère sur le reste de la classe politique. On l’a bien vu dans le cadre de la campagne interne des Républicains entre Retailleau et Wauquiez qui n’ont eu de cesse d’essayer de se démarquer, toujours plus à droite, mais aussi dans une bonne partie du programme et des arguments de la macronie au sens large (Darmanin et sa loi anti-immigrés de décembre 2023, les différentes sorties contre la Fonction Publique et les fonctionnaires, sans oublier les délires toujours renouvelés sur l’« islamo-gauchisme » à l’université).

Face à ces différents constats, à ce tableau qui ne laisse guère de place à l’optimisme, la tâche est rude pour les militantes et militants que nous sommes. Elle nécessite d’être lucides et conscients malgré tout de nos capacités de riposte, de résistance parfois mais aussi de construction d’alternatives. L’extrême-droite est puissante, c’est un fait, mais elle est également faible d’un point de vue militant ou de l’adhésion à son discours de cible spécifique du régime comme l’a révélé l’incapacité du RN à organiser une révolte populaire contre la condamnation de Marine Le Pen le 31 mars dernier. Et le vote en faveur de l’extrême-droite, s’il est incontestablement massif, est aussi pour partie un vote fragile, et une fraction de son électorat pourrait s’en détourner si une alternative au macronisme véritablement à gauche présentait une certaine crédibilité. C’est le sens des initiatives que nous devons prendre, à notre niveau, pour combattre l’extrême-droite et ses discours sur les lieux de travail, dans le cadre de VISA (Vigilances et Initiatives Syndicales Anti-fascistes) ou d’autres structures unitaires qui connaissent un important développement depuis deux ans, pour proposer des formations au plus près des salariés, dans un cadre qui rassemble la plupart du temps FSU, CGT et Solidaires.
C’est le sens des débats et, espérons-le, des perspectives que nous devons mener et construire dans le cadre d’un objectif de recomposition syndicale pour aller vers un projet syndical de transformation sociale qui dépasse largement les structures actuelles. Mais cela passe aussi, dans cette période singulière dans laquelle nous sommes, par une attention particulière à toute possibilité de construction d’une alternative politique à gauche, comme le NFP en a été l’occasion en juin-juillet 2024. Si cette expérience semble aujourd’hui en réelle difficulté, il convient d’être particulièrement attentifs et de contribuer, à notre mesure, à une alternative politique de gauche.

Front uni face aux attaques

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Commentaire ÉÉ-PSO sur le Rapport d’activité 2025 du SNESUP-FSU

Avec le soutien du gouvernement comme aux USA ou sa bienveillante passivité comme en France, les idées de l’extrême-droite brutalisent la société en sapant la démocratie et les libertés (civiles et politiques), par ses pratiques racistes et xénophobes de stigmatisation et d’exclusion, auxquelles s’ajoute désormais une remise en cause systém(at)ique des acquis de la science. Face à cette « peste brune » (R. Rolland) qui prospère sur les renoncements et les divisions, il est vital et urgent pour le mouvement syndical de prendre toute sa place dans le jeu politique.

Cela passe par le soutien actif à l’union des forces progressistes et la participation active à la construction de l’unité de toutes ces forces au sein de la gauche partidaire, syndicale et associative pour combattre l’extrême droite et tous ses soutiens « actifs-passifs ». Cela passe par la recherche d’un syndicalisme en phase avec les réalités du monde salarié d’aujourd’hui, fait de précarité, de dérégulation et d’espaces de travail atomisés.

Il s’agit d’œuvrer à la nécessaire construction de l’unité entre précaires et titulaires, personnel de toutes catégories, syndiqué·es ou qui ne le sont pas (encore). Cette exigence d’unité implique de travailler à la construction d’un « Nouvel outil syndical » avec la CGT et Solidaires qui sont proches de notre conception d’un syndicalisme de lutte et de transformation sociale.

Il ne s’agit pas d’une fusion-absorption d’une organisation par une autre mais de bâtir ensemble et de manière pluraliste une « maison commune », de construire un syndicalisme pour le monde du travail du XXIe siècle, qui s’empare des enjeux écologiques et qui lutte contre toutes les discriminations.  Le travail en commun pour effectivement réaliser le « U. » de la FSU avec la CGT et Solidaires peut commencer tout de suite et partout : formations syndicales contre l’extrême-droite, listes communes aux élections professionnelles, etc. Saisissons-nous-en collectivement de manière offensive !

Notre syndicalisme à l’heure des choix

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Motion d’orientation pour le Congrès national du SNESUP-FSU, université dAngers, 3-5 juin 2025

Que faire dans la situation actuelle face aux nombreuses crises en cours et attendues ? La situation politique internationale est sidérante. Déjà au pouvoir dans plusieurs pays, et en progression électorale partout, l’extrême droite s’attaque de plus en plus ouvertement aux scientifiques et aux faits qu’ils établissent, menaçant le rôle du savoir et de la recherche dans nos sociétés. La catastrophe environnementale est de plus en plus concrète et la minoration des enjeux écologiques est à l’origine d’accidents climatiques qui se multiplient. Quant au droit international, il n’a jamais été aussi bafoué et affaibli sous les coups violents de l’impérialisme belliciste, qu’il soit redoublé ou non d’un colonialisme éradicateur (Palestine, Ukraine).

Comme l’ensemble de la société, l’Enseignement supérieur et la Recherche (ESR) est traversé de crises majeures. Sans considération pour l’ensemble des personnels et leur travail, son démantèlement, entamé avec la loi LRU, est accéléré par le pouvoir politique au plus haut niveau. L’asphyxie budgétaire des universités publiques, nourrie par le financement public des établissements privés, menace à très court terme l’existence même du service public de l’ESR.

Le SNESUP-FSU n’a cessé d’analyser et d’alerter, sans pour le moment parvenir à inverser la politique menée. Notre mission au service du public reste pourtant d’une importance cruciale. Il est urgent de parvenir à convaincre, dans nos établissements et au-delà, pour se réapproprier nos missions.

La FSU et le SNESUP incarnent un syndicalisme de transformation sociale qui pense le monde et élabore des alternatives au capitalisme. Pour autant la mission d’un syndicat est aussi d’accompagner et de défendre les collègues. Cette activité quotidienne est sincèrement et collectivement assurée par des camarades de toutes les tendances, mais elle est de plus en plus difficile. Nous n’avons pas les moyens de remplir correctement nos tâches, sinon au prix de notre santé. Les nombreux cas de burn-out dans notre milieu témoignent d’une maltraitance quasi institutionnelle qui doit être analysée et combattue pour ce qu’elle est : un choix politique qui n’est pas inéluctable.

La stratégie de non-investissement dans le service public de l’ESR rend impossible la construction de budgets en équilibre, y compris pour les président·es d’universités qui se sont fait un devoir d’accompagner les réformes : des chaires de professeurs juniors aux établissements expérimentaux, de l’évaluation par compétence aux Key-Labs du CNRS, c’est une compétition généralisée à tous les niveaux, alors que seul le travail collaboratif de création et de transmission des savoirs peut redonner du sens à nos métiers.

Depuis 2017, plusieurs ministres, en particulier celles et ceux de l’ESR, n’ont cessé d’attaquer la recherche et de bafouer l’intégrité des campus scientifiques. L’épisode de la demande d’une enquête parlementaire contre de prétendues dérives « islamo-gauchistes » marque la volonté de restreindre nos libertés. Or l’ESR public ne peut prospérer qu’avec la garantie de son indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques, religieux et économiques.

Les violences sont devenues une norme, dans et par l’institution. Nos étudiant·es vivent dans une immense précarité que l’État ne parvient ni à qualifier ni à endiguer. Les modes de fonctionnement internes à l’université de type mandarinal laissent perdurer des rapports de domination sclérosants favorisant le harcèlement et les violences sexistes et sexuelles. Lutter pour que l’égalité femmes-hommes devienne une réalité concrète est toujours une priorité.

Il est aussi nécessaire de lutter contre le racisme et la haine des étranger·es qui ne cessent de se répandre dans la société et qui se sont notamment concrétisés par la loi « Immigration » de janvier 2024 contre laquelle nous nous sommes mobilisé·es. Ces « étranger·es » sont nos collègues et nos étudiant·es. Ils et elles ont de grandes difficultés à être régularisé·es et doivent désormais payer des frais d’inscription faramineux, légitimant au passage le principe d’une marchandisation accrue de la formation. La fermeture des universités à certain·es étudiant·es est le symptôme d’une institution défaillante.

Lutter contre cette haine, c’est aussi œuvrer pour la construction d’un monde où les armes se taisent.

En tant que syndiqué·es, nous sommes persuadé·es que les solutions ne peuvent être trouvées que collectivement. Cette conviction que l’unité est une force guide nos positions. Et l’unité commence à l’intérieur de notre syndicat en faisant militer ensemble les camarades, quelles que soient leurs nuances de position, car ils se retrouvent sur la défense d’un service public de qualité, l’amélioration des conditions de travail et la construction d’une société plus juste. Il nous faut un syndicat puissant et uni : non pas en niant les désaccords ou les nuances entre nous, mais en cherchant résolument à construire des positions de synthèse respectant les expressions des différentes tendances.

C’est aussi par l’unité entre précaires et titulaires, entre personnels de toutes les catégories, syndiqué·es ou qui ne le sont pas (encore) que nous pourrons mettre un coup d’arrêt aux attaques incessantes contre nos métiers et nos conditions de travail. Cette unité implique de travailler à la construction d’une « maison commune » avec les syndicats proches de notre syndicalisme de transformation sociale (CGT et Solidaires), avec qui nous faisons front lors de la plupart des mobilisations depuis trente ans. Il nous parait également important d’étendre cette unité aux collectifs qui, spécialisés sur certaines thématiques, sont complémentaires des organisations syndicales. À nous de créer les conditions du travail en commun.

Enfin, face à la situation politique actuelle, le syndicat ne peut se contenter d’une attitude passive. Le mouvement social et syndical doit prendre toute sa place dans le jeu politique. Cela passe par le soutien actif à l’union des forces progressistes. Nous pensons qu’à l’instar d’autres organisations syndicales, le SNESUP-FSU a eu raison de faire front pour battre l’extrême droite en appelant à voter pour le NFP en juillet 2024. Son rôle est maintenant de participer activement à la construction de l’unité de toutes les forces au sein de la gauche partidaire, syndicale et associative.

Dans le syndicat, dans les universités, l’unité et la combativité doivent être notre boussole. L’urgence est de contribuer à la construction d’un syndicalisme qui fait front !

Faisons force ! Soyons offensives et offensifs !

Pour signer cette motion : er.ee-pso@vertumne.fr en indiquant votre nom, votre prénom et votre établissement de rattachement.

NomPrénomÉtablissement
AlamThomasLille
AmblardMaximeLorraine
AmgharTassaditAngers
AyariRimaStrasbourg
BardetMagaliRouen
BardetJean-BaptisteRouen
Barth-RabotCecileNanterre
BarzmanJohnLe Havre
BeckerFlorentOrléans
BekhtariGregoryParis 1-Sorbonne
BelkacemLilaParis-Est-Créteil
BercheBertrandLorraine
BerchePierre-EmmanuelRouen
BlumJoelleParis-Est-Créteil, INSPÉ
BoisGéraldineLorraine
BonnardClaireBourgogne
BonzomMathieuParis 1-Sorbonne
BornaisClaireLille
BoucardJennyNantes
BourmaudCloéLa Réunion
BourretSandrineCréteil, INSPÉ
BousseErwanNantes
BouttetFlavienLorraine
BuhryLaureLorraine
BuxtonDavidParis-Nanterre
CabaretFlorenceRouen
CaltagironeMichelLorraine
CanedoliClaudeMetz
CanuJean-MarieBordeaux
CarpentierMathieuLille
ChambolleDelphineLille
CharbonnierVincentNantes, INSPÉ
CharpenelMarionRouen
CharvetMarieNantes
ChateauMarie-ThérèseMontpellier
ChauvelSéverineParis-Est-Créteil
CognieBrunoNantes
CzajkowskiSergeBordeaux
DavidMaryNantes, INSPÉ
DelaporteChloéMontpellier 3-Paul-Valéry
DirringerJoséphaRennes 1
DreyfussLaurenceMontpellier 3-Paul-Valéry
DuboisFrédéricLittoral-Côte-d’Opale
DucelFannyParis-Saclay
DufauxFrédéricParis-Nanterre
DupuisRaphaëlHaute-Alsace (Mulhouse)
EloireFabienLille
EnclosPhilippeLille
EtevezLaureOrléans, INSPÉ
FlorèsArtemisaParis-Est-Créteil
FortKarënLorraine
FretelJulienParis 1-Panthéon-Sorbonne
FumeronSébastienLorraine
GalinBernardNantes, Retraité
GallotFannyParis-Est-Créteil, INSPÉ
GaratIsabelleNantes
Garcin-MarrouIsabelleSciences-Po Lyon
GayVincentParis-Diderot
GlangetasLéoRouen
GodetJean-LucAngers
GregoriNicolasLorraine, IUT
GuénifiSorayaParis 1-Panthéon-Sorbonne
GuieuCyrilleUniversité des Antilles, Inspé de Martinique
GuinardValérieNantes, Inspé
GutnicMichaelStrasbourg
HaiechJacquesStrasbourg
Harari-KermadecHugoOrléans, INSPÉ
HauteTristanLille
HigeléJean-PascalLorraine
HornOdileMetz
HuchetCatherineNantes, Inspé
HusPhilippeLittoral-Côte-d’Opale
IchéVirginieMontpellier 3-Paul-Valéry
IssehnaneSabinaParis-Diderot
JacquotLionelLorraine
JoubertLéoRouen
KellerChantalParis-Saclay
KoebelMichelStrasbourg
KrzywkowskiIsabelleGrenoble-Alpes
LabicaThierryParis-Nanterre
LachaudJean-MarcParis 1-Sorbonne
LacourClaireGustave-Eiffel
LariveRomainMontpellier
LarrereMathildeGustave-Eiffel
Le Fèvre-BerthelotAnaïsRennes 2-Haute Bretagne
LebrunNathalieLille
LeconteFabienneRouen
LehouxErwanRouen
LemercierEliseRouen
LereddeYannMontpellier
LevenéThérèseLille
LigouMariannePau
LilloNatachaParis-Diderot
LouessardBastienSorbonne-Paris-Nord
MadelineFannyParis 1-Sorbonne
MaillardPascalStrasbourg
MaillochonIsabelleLe Havre
MalifaudJeanParis-Diderot
MaligePierreNantes, IUT
MangeotMathieuChambéry
MarsalleLaurenceLille
MasseEricLittoral-Côte-d’Opale
MaurelLaurenceBourgogne, INSPÉ
MayerHervéMontpellier 3-Paul-Valéry
MelchiorJean-PhilippeLe Mans
MichlinMonicaMontpellier 3-Paul-Valéry
MorsliSaberNantes
MortainBlandineLille
NabonnandPhilippeLorraine
NativelCorinneParis-Est-Créteil
NefAnnlieseParis 1-Sorbonne
OdinPierreUniversité des Antilles (pôle Guadeloupe)
PalomaresEliseRouen
PellissierLucParis-Est-Créteil
PfefferkornRolandStrasbourg
PlantardPascalRennes 2-Haute Bretagne
RasseneurLaurenceStrasbourg
RioEmmanuelleParis-Saclay
RivoireJulienParis 13-Villetaneuse
RobertChristineLa Réunion
Robert-BarzmanÉlisabethLe Havre
RocheDavidMontpellier 3-Paul-Valéry
Rosselin-BareilleCélinePicardie-Jules-Verne
SamiTaklitNantes
SidobreDanielToulouse 3-Paul-Sabatier
SilvestriRenaudLille
SimonetPascalNantes
SuquetCharlesLille
TaouritRadijaParis 8
ThamainJean-LouisLittoral-Côte-d’Opale
ThiéryNatachaPicardie-Jules-Verne
Tixier-Du-MesnilEmmanuelleParis-Nanterre
TranmerJeremyLorraine
TratJosetteParis 8
UrbanskiSébastienNantes
VercelloneCarloParis 8
VernicosConstantinMontpellier
ViarisBrunoParis-Saclay
VillacèqueNoémieReims
VoilliotChristopheParis-Nanterre
WagenerNoéParis-Est-Créteil
WargnierNadineBourgogne, INSPÉ
WillmannFrançoiseLorraine
YermiaFrédéricNantes

Faire face aux discriminations à l’université : accompagnement individuel et combat collectif

Tristan Haute, co-secrétaire de la section SNESUP Lille multidisciplinaire

Le rôle du syndicat dans la lutte contre les discriminations est double. Si on reprend la « double besogne » du texte fondateur du syndicalisme français que constitue la charte d’Amiens, il s’agit d’un côté de « l’accroissement du mieux-être des travailleurs [et des travailleuses] par la réalisation d’améliorations immédiates », en bref d’agir ici et maintenant pour la défense des intérêts matériels et moraux des agent·es, et, d’un autre côté, « de préparer l’émancipation intégrale », en d’autres mots, de transformer la société, ici plus égalitaire et débarrassée des rapports de domination.

Ces deux axes de travail sont indissociables. Le premier axe de travail se décline principalement dans l’accompagnement individuel ou collectif des collègues victimes de discriminations. Le second axe de travail consiste à construire et faire aboutir des revendications

En matière d’accompagnement, l’intérêt du syndicat, en particulier du SNESUP-FSU, est d’être à la fois autonome de l’institution universitaire, employeur par délégation, et de très bien connaître le fonctionnement de l’institution et les possibilités d’action des victimes. Cette connaissance est particulièrement précieuse car, selon l’enquête ACADISCRI[1], 86 % des personnels victimes de discrimination ne font que des recours en interne de l’établissement. Pour autant, le syndicat n’est pas identifié comme une voie de recours : 32 % des victimes de discrimination s’adressent à leur hiérarchie, 25 % à la médecine du travail, 21 % à la direction de l’université et seulement 16 % à un syndicat. Le syndicat peut pourtant orienter les victimes : les dispositifs de recours sont très nombreux, ils contournent souvent les organisations syndicales si on excepte la F3SCT et ils peuvent être facilement instrumentalisés par l’institution. Le rôle du syndicat est d’autant plus important qu’il fournit un accompagnement pérenne : or, les victimes ne voient majoritairement pas leur situation de travail s’améliorer : 33 % des personnels victimes de faits graves déclarent des suites négatives alors que seulement 17 % déclarent des suites positives. Enfin, la connaissance par le syndicat des questions de carrière et de rémunération est aussi un atout dans un contexte où l’individualisation des carrières et des rémunérations ouvre la porte à de nombreuses discriminations.

Mais pour accompagner les collègues, il est nécessaire de se former. À ce titre, l’organisation d’un stage dédié aux situations de harcèlement dans l’enseignement supérieur est une bonne initiative, tout comme les quelques fiches pratiques déjà éditées par le syndicat. Mais les motifs de discrimination sont variés, les pratiques discriminatoires également et elles ne se limitent pas au harcèlement. Les références réglementaires précises peuvent aussi varier. Il y a donc un enjeu à renforcer le travail de veille réglementaire, scientifique et statistique et de formation militante sur le sujet en proposant davantage de fiches pratiques et de webinaires courts par exemple (voir le focus infra en exemple).

De plus, au-delà de l’accompagnement, il est nécessaire de renforcer le travail revendicatif. Celui-ci permet tout à la fois de visibiliser le syndicat comme un acteur pertinent à solliciter, d’améliorer collectivement les conditions de travail des collègues et de participer à la transformation sociale. Il y a toutefois, en matière de revendication, un triple enjeu : se nourrir des accompagnements sur le terrain, s’inscrire et s’inspirer des orientations fédérales et ne pas isoler la question des discriminations. En effet, contrairement à une idée reçue et comme le montrent les situations d’accompagnement, nos revendications en matière de lutte contre les discriminations s’articulent avec d’autres revendications comme le refus de l’individualisation des carrières et des rémunérations ou de la précarité des emplois.

Pour terminer, il faut rappeler que la problématique des discriminations n’est pas exogène au syndicat, mais que la formation et la sensibilisation en interne ainsi que le travail revendicatif ont aussi pour intérêt de transformer les pratiques militantes.

Un exemple à partir des LGBTQIA+phobies. Selon l’enquête du projet ACADISCRI, 7 % des personnels des universités se déclarent non hétérosexuel·les et un peu moins de 1 % transgenres ou non binaires. Ces chiffres sont un peu plus faibles que dans l’ensemble de la population (respectivement 9 % et 4 % selon une enquête IPSOS[2]), mais ils sont amenés à évoluer à la hausse au regard des dynamiques générationnelles. L’enquête ACADISCRI montre également que 20 % des personnels LGBTQIA+ se déclarent discriminé·es dans le cadre professionnel, ce qui n’est pas négligeable même si c’est un peu moins que dans l’ensemble du salariat[3].

Les discriminations à l’encontre des personnels LGBTQIA+ vont des moqueries ou « blagues » à tendance homophobe et/ou sexiste jusqu’à des injures ou menaces. On peut aussi mentionner l’outing, qui consiste à dévoiler sans son consentement l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne, le harcèlement sexuel, le chantage, la diffamation, voire la violence physique et l’agression sexuelle. Les discriminations peuvent aussi prendre des formes plus insidieuses, notamment quand elles touchent à la carrière (non-renouvellement de contrat, non-attribution de certaines missions ou promotions) ou à la rémunération (non-attribution de primes). Les discriminations peuvent provenir de la hiérarchie, des collègues ou des étudiant·es. Aujourd’hui, pour se prémunir des discriminations, la majorité des personnels LGBTQIA+ est contrainte à l’invisibilité au travail. Or, cette « stratégie du placard » nuit à leur bien-être (ne pouvoir assumer qui elles ou ils sont), participe à leur mise à l’écart et ne protège en rien des discriminations qui peuvent être indirectes (ambiance LGBTQIA+phobe) ou reposer sur des pratiques ou goûts (vestimentaires, culturels…) non conformes aux normes de genre, notamment masculines. Les discriminations ou le risque d’être discriminé·es poussent certain·es collègues à l’autocensure dans leurs enseignements et leurs recherches, ce qui fait le lien avec les attaques contre les libertés académiques.

Au-delà des actes LGBTQIA+phobes, qui, pénalement répréhensibles (articles 225-1, 225-2 et 132-77 du Code pénal, articles L131-12 et L131-13 du Code de la Fonction publique), doivent être signalés à l’institution universitaire et à l’institution judiciaire, car tombant sous le coup de l’article 40 du code de procédure pénale, deux textes récents donnent un cadre à la lutte contre les discriminations à l’égard des personnels LGBTQIA+ de l’ESR : un courrier du 17 avril 2019 de la ministre aux établissements et la circulaire du 20 juin 2023 relative à la prise en compte de la diversité des familles et au respect de l’identité des personnes transgenres dans la fonction publique de l’État. Cette dernière prévoit notamment l’adaptation des formulaires pour tenir compte des familles homoparentales et de reconnaître la coparentalité notamment pour l’octroi de congés familiaux, d’autorisation spéciale d’absence, du supplément familial de traitement ou des droits accordés au titre de l’action sociale. Elle prévoit aussi l’utilisation du prénom et du pronom d’usage, sans changement d’état civil, pour les documents non officiels (adresse électronique, signalétique, mais aussi listes électorales).

Or, une enquête du ministère auprès des établissements[4] montre que peu de mesures concrètes en direction des agent·es ont été prises. Les LGBTQIA+phobies sont très rarement mentionnées dans les violences ou discriminations pouvant faire l’objet d’un signalement. De plus, la moitié des établissements seulement forment leurs personnels sur ces questions. La circulaire de 2023 est peu appliquée. Près de 60 % des établissements ont des formulaires inadaptés pour les familles homoparentales. La civilité (Madame ou Monsieur), qui n’est, contrairement au sexe à l’état civil, en rien obligatoire, n’a été supprimée que dans un tiers des établissements. De même, moins de la moitié des établissements ont une procédure pour prendre en compte, avant son changement d’état civil, le prénom d’usage d’un·e agent·e et moins d’un quart des établissements communique sur cette procédure, ce qui est beaucoup moins que pour les étudiant·es. Les délais dépassent souvent un mois, ce qui est là aussi beaucoup plus long que pour les étudiant·es. Enfin, un peu plus d’un tiers des établissements ne mettent pas systématiquement à jour les documents en cas de changement d’état civil et le délai, quand c’est le cas, peut être supérieur à un mois.

La FSU dispose déjà de mandats fédéraux sur toutes ces questions. « Le modèle patriarcal véhicule une conception hiérarchisée, binaire et hétéronormée de la société. Les personnes LGBTQIA+ en sont victimes, car elles n’entrent pas dans les différentes normes imposées et les questionnent. Ces normes impactent également le milieu professionnel. […] La FSU doit combattre sur tous les terrains, ces discriminations et ces violences. Dans ce combat pour l’égalité, la FSU rejette la hiérarchie des genres, des identités et des orientations sexuelles […]. À ce titre, il est nécessaire que la FSU milite pour garantir les droits des personnes trans et veille à leur respect (le droit d’être genré·e correctement, d’utiliser un prénom d’usage et le droit de modifier leur état civil sans avoir à justifier de traitements médicaux, opération chirurgicale ou stérilisation…). […] À cet égard, la FSU défend le changement d’état civil libre et gratuit pour les personnes trans et non-binaires selon un principe de déclaration sans aucune pièce justificative respectant l’autodétermination du genre et assurant ainsi une déjudiciarisation de la procédure. La non-binarité est reconnue par la FSU, notamment dans son fonctionnement administratif. La FSU exige la reconnaissance des personnes intersexes et la fin des violences médicales subies lors d’opérations d’assignation de genre et de traitement hormonaux qui se font sans leur consentement, à un très jeune âge et qui sont à l’origine de souffrances physiques et psychologiques inacceptables. »[5] « La FSU accompagne les agent·es en transition de genre, en insistant notamment sur le respect de la circulaire du 20 juin 2023 relative à la prise en compte de la diversité des familles et au respect de l’identité des personnes transgenres dans la Fonction publique de l’État, en élargissant ses dispositions aux autres versants de la Fonction publique, en formant les personnels amenés à accompagner des agent·es transgenres. »[6] La FSU participe aussi au Collectif Éducation contre les LGBTIphobies en milieu scolaire et universitaire.

Le SNESUP-FSU, peu investi sur ces questions au niveau fédéral, s’est encore peu saisi de ces mandats. En matière d’accompagnement, pourrait être envisagée l’édition de fiches pratiques sur les signalements d’actes LGBTQIA+phobes, la reconnaissance des familles homoparentales et la reconnaissance du prénom et du pronom d’usage. Le SNESUP-FSU pourrait aussi entamer un travail revendicatif, en déclinant les mandats fédéraux à l’ESR mais aussi en considérant des problèmes spécifiques aux enseignant·es et enseignant·es-chercheur·euses. Ainsi, la pression à la mobilité internationale pose la question de la discrimination des collègues qui, en raison de leur orientation sexuelle ou identité de genre, ne peuvent se rendre dans certains pays. De même, le changement d’état civil pose la question du recensement des publications scientifiques. Enfin, un lien peut être fait avec les libertés académiques : l’exemple états-unien nous a ainsi montré que les collègues travaillant sur les questions de genre et que les collègues LGBTQIA+ ont été parmi les premières cibles du pouvoir réactionnaire.

Ce travail revendicatif est d’autant plus important que le SNESUP-FSU peut agir localement et nationalement, notamment dans le cadre des consultations des instances à propos de la politique d’égalité des établissements ou du Ministère[7]. Dans ce cadre, le SNESUP-FSU peut avancer les mandats fédéraux et être vigilant face à des actions avant tout de communication et non contraignantes en termes de résultats, à l’image des « chartes » que proposent certaines structures.


[1] https://acadiscri.hypotheses.org/ ; ce chiffre et les suivants sont issus d’une présentation des résultats de l’enquête réalisée dans le cadre d’une conférence organisée par le SNESUP-FSU à l’Université de Lille en avril 2024.

[2] https://www.ipsos.com/fr-fr/lgbt-pride-2023-10-des-francais-sidentifient-comme-lgbt.

[3] https://www.ifop.com/publication/barometre-2022-sur-linclusion-des-personnes-lgbt/.

[4] Département des défis sociétaux et environnementaux de la DGESIP-DGRI, Résultats du questionnaire portant sur les actions de lutte contre les LGBTIphobies dans les établissements d’enseignement supérieur et de recherche, 5 mars 2025.

[5] Thème 3, 11e Congrès de la FSU, Rennes, 3-7 février 2025.

[6] Thème 2, 11e Congrès de FSU, Rennes, 3-7 février 2025.

[7] Ainsi, à l’Université de Lille, la FSU a poussé pour inclure des mesures dans le plan égalité femmes-hommes de l’établissement. Voir notre analyse ici : https://fsu.univ-lille.fr/spip.php?article296.

Restructuration de l’État et de l’ESR. Quid du syndicalisme ?

Vincent Charbonnier, Nantes, BN du SNESUP-FSU

Les corps sont à la fois un outil de gestion technique, de répartition de la force de travail, obéissant aux schémas de sa division technique, dans une formation socio-économique donnée, capitaliste pour ce qui nous concerne. Mais c’est aussi et dans le même mouvement, un outil politique de gestion de la main-d’œuvre et subséquemment de division des classes laborieuses (au sens propre du terme), même si son unité proclamée est d’abord une idéalisation suscitée par l’organisation du mouvement ouvrier au XIXe siècle autant une exigence pratique et politique de la lutte qu’un souhait.

Aujourd’hui, le statut est une évidence pour tous les personnels – en particulier ceux qui sont « en bas » de l’échelle (cat. C) –, qui y sont fort légitimement attachés, puisqu’il cristallise réellement toute une série de garanties. La difficulté est que le statut est naturalisé comme une exigence technique de la division du travail, ce qui est juste, mais oublie toutefois qu’il est aussi le fruit d’un compromis politique, historique, et qu’il cristallise des valeurs, auxquelles une partie de la droite a adhéré, et pas seulement par nécessité politique d’admettre une concession politique aux classes « dominées » à la Libération (1945). C’est avec ce compromis, dans et avec son propre camp, que N. Sarkozy a par exemple rompu, rupture que les gouvernements suivants ont volens nolens poursuivie et approfondie.

La question est comment maintenir cette exigence corporative sans tomber dans son excès politique, le corporatisme, c’est-à-dire la fermeture ou plutôt la forclusion sur le statut et donc sa fétichisation, qui est aussi un point de cristallisation de la lutte, et qui peut aussi être un obstacle aux projets gouvernementaux.


[1]. Je reprends ici à mon compte une utile distinction de la langue italienne entre le libéralisme économique (liberismo) et le libéralisme politique (liberalismo), le premier ayant largement phagocyté le second sous couvert de sa nouveauté, l’ainsi nommé « néo-libéralisme » – ou bien est-ce le second qui s’est auto-dissous dans le premier. Ce libérisme n’exclut donc pas d’être autoritaire puisque la liberté dont il se revendique est celle fort justement caractérisée par J.-J. Rousseau comme celle « des Marchands, des Artisans, des Bourgeois, toujours occupés de leurs intérêts privés, de leur travail, de leur trafic, de leur gain ; des gens pour qui la liberté n’est qu’un moyen d’acquérir sans obstacle et de posséder en sûreté. » J’ajoute que le libér(al)lisme ne dispose pas de théorie de l’état d’exception recourant au principe qui pose que le salut de la chose publique identifiée à la patrie est le salut suprême.

[2]. Ce qui est aberrant bien que compréhensible en définitive, c’est qu’une majeure partie des responsables universitaires, au premier rang desquels les président·es d’université, demeure persuadée, avec une candeur confondante de naïveté, qu’iels vont enfin pouvoir être maîtres chez eux, qu’enfin iels auront les clés de leur (petit) royaume. Cela me suggère, de manière saisissante, un parallèle avec le mot d’ordre sarkozyste durant la campagne pour les élections présidentielles de 2007, d’une France de propriétaires… Cette re-féodalisation de l’enseignement supérieur, dont la LRU n’a été qu’un jalon et qui s’est depuis lors très largement démultipliée, ne doit pas faire oublier que le caractère démocratique de l’université, est un acquis récent, fragile, précaire et surtout partiel, autrement dit, positivement un problème, c’est-à-dire une question dont il faut s’emparer. On peut ainsi distinguer la question institutionnelle de la démocratie des instances et de leur capacités démocratiques dans une configuration où la collégialité est parfois le masque d’une servilité passive aux directions d’établissement, ce qui est l’un des effets prévisibles du césarisme et du bonapartisme. On peut ensuite distinguer de la démocratisation effective de l’accès à l’ESR qui ne doit pas être confondue avec la massification, en ne mésestimant pas le fait que cette démocratisation est combattue par une fraction significative du milieu universitaire, par conviction pour certains et par paresse pour d’autres, compte notamment tenu de fait que l’austérité budgétaire imposée aux établissements ne leur permettent pas de penser efficacement cette démocratisation. J’ajoute pour finir, que beaucoup de celles et ceux qui se sont naguère battu·es contre le mandarinat, l’exhaussent aujourd’hui, sous couvert d’une justice immanente, c’est-à-dire et en vérité, d’un ajustement à la phase actuelle de la mondialisation capitaliste et de son libérisme triomphant (pour le moment)